
Sacristain de Saint-Melaine depuis dix-sept ans, Dany Calofer a fait de l’engagement un élément central de sa vie de chrétien. Portrait.
Si vous fréquentez les bancs de la paroisse Notre-Dame en Saint-Melaine, vous l’avez forcément déjà aperçu allonger la foulée pour enchaîner les tâches. Depuis 17 ans, Dany Calofer a emprunté à maintes reprises ce chemin entre la sacristie et l’autel. Son allure assurée pourrait être une belle promotion à la marche tant ce Rennais d’adoption arpente les collatéraux avec détermination. « Dany est un homme de service, aussi discret qu’incontournable au bon fonctionnement de la paroisse » raconte le Père Luc Métayer à son sujet. Le principal intéressé refuse le compliment. Mais il n’a pas oublié ses premiers pas proche du Thabor, il y a près de deux décennies. « Morbihannais, je suis arrivé à Rennes pour mes études. Je venais d’une paroisse communale à Saint-Dolay et je suis d’abord allé à la cathédrale. Le faste d’un tel monument quand on vient d’un village, cela m’a fait un choc (rires). Vous ne savez pas où déposer votre regard. En rencontrant celle qui deviendra mon épouse, j’ai découvert Notre-Dame. J’ai d’abord été interpellé par cette abbatiale épurée, monastique, un lieu à la fois monumental et intime. »
Ces premiers instants rimeront rapidement avec engagement. « Ce que j’aime c’est le sens communautaire. Chacun participe selon ses moyens, ses capacités, ses talents. J’appartiens à ceux-là. Il y a celles et ceux qui fleurissent, nettoient, rendent des services, accueillent, plient les feuilles… » Prêtre de la paroisse à l’époque, Dominique Messu ne passe pas à côté des qualités de Dany et lui propose une fonction d’intendance. « L’abbatiale est une propriété communale, le curé est ainsi l’affectataire légitime selon la loi de décembre 1905. J’ai découvert une réalité de paroisse passionnante en faisant le lien avec la ville. » Lancé dans ces nouvelles fonctions, Dany travaillera ensuite au service du Père Nicolas Guillou. « C’est le prêtre qui renouvelle ou non cette mission et je définis avec lui ses attentes. La relation avec le curé en place est évidemment très importante, la confiance s’installe, elle est nécessaire. »
Particulièrement engagé à la paroisse, Dany l’est tout autant dans son travail en tant que cadre conseiller funéraire. « J’ai été dirigeant de pompes funèbres et je coordonne désormais le fonctionnement d’une entreprise. Réception des familles, gestion des plannings, mise en place du convoi… Je fais ce métier avec foi et heureusement d’ailleurs. C’était un job d’été devenu une passion après une formation juridique. » Le lien avec son engagement de chrétien fait immédiatement sens. « Depuis que je fais ce métier, à chaque défunt que j’accompagne et quelle que soit son obédience, je me présente auprès du corps et je fais une prière systématique. Discrètement bien sûr mais la famille peut entendre mon murmure. C’est un pont entre ma foi et mon travail. »
Depuis cette fonction, le Breton est forcément bien positionné pour évoquer et analyser l’évolution des mœurs. « Je vois une grande mutation avec moins d’obsèques religieuses. Nous nous plions aux volontés des familles mais le sens est incontournable pour moi. La vie est faite de rencontres, d’amour, d’amitié, d’intensité et de faiblesses. Je suis un vieux briscard de la profession. Pour les gens de foi, c’est plus simple de parler de la mort parce qu’en ayant accepté la vie, nous avons accepté la mort. Notre espérance est là. » Habitué des cimetières et des temps de recueillement, Dany a forcément fait de la Toussaint une séquence majeure, à la fois dans sa vie de croyant et de professionnel. « Je garde de beaux souvenirs d’enfance dans mon village avec le nettoyage puis le fleurissement des tombes. C’était un véritable moment d’exaltation qui commence à se perdre. Pour les saints, les bienheureux, pour honorer nos défunts, c’est pourtant une période essentielle. »
Le service de l’autre est donc le fil de la vie de Dany, lequel semble être à l’épreuve des époques et des contraintes. « Si parfois il peut y avoir du découragement, c’est parce qu’il y a de l’incompréhension. C’est alors qu’il faut se questionner. Pour qui suis-je engagé ? Pour ma part, je le fais pour le Seigneur, mon guide c’est Jésus-Christ. Servir le Seigneur, c’est servir une communauté et son curé, c’est aussi accepter qu’il puisse y avoir des difficultés à surmonter. »
Lorsqu’il est questionné sur sa période préférée à la paroisse, Dany marque une pause. Ce ne sera finalement pas la Toussaint. « Mon émotion d’enfant parlera. Noël sans hésiter. La messe du 24 décembre, à 23 heures 30, avec mes parents, main dans la main. Rejoindre le bourg et être éclairé par l’église seulement, ce phare dans la nuit. Quand vous avez sept ans, cela vous emporte pour toute une vie. Quant à mon espérance, ce sera Pâques. »
Depuis 17 ans donc, Saint-Melaine fait partie intégrante de la vie de Dany. Après Dominique Messu puis Nicolas Guillou, Luc Métayer a rejoint la rue Saint-Melaine. Et le prêtre peut compter sur ce soutien de taille. « Le Père Guillou m’avait rapidement informé de l’identité de son successeur en m’indiquant que Luc est très agréable. Nicolas a facilité la passation. Je suis admiratif parce que les prêtres doivent rapidement s’habituer à une nouvelle communauté, à de nouvelles façons de fonctionner. À Saint-Melaine globalement, il y a ce souci de faire bien, d’aller dans le sens du Christ pour la communauté. » Pour résumer ses engagements, ceux d’une vie finalement, et à l’instant de conclure, Dany empruntera les termes de Benoît XVI, « je suis un humble serviteur dans la vigne du Seigneur. » Merci Dany pour ce temps consacré, ces allers-retours au pas hâtif. Merci, oui, et surtout bravo.
